
Recherche
Comme témoins de l’éternité dans cette vie temporaire, les sœurs de la charité sont sorties avec leurs troncs dans les rues animées de la ville, pour rappeler au monde par leurs tenues blanches, l’existence de l’amour, de la pureté et de la charité. Cet événement s’est produit en 1997, pendant la Semaine de Pâques. Il n’est pas donné à n’importe qui d’entrer dans une église et de parler au prêtre. Par contre, il est plus facile pour certains de parler à une sœur de la charité et de lui faire part de sa douleur ou de sa joie, de demander un conseil.
Soeur K. raconte:
— Tout d’abord les gens viennent pour parler de problèmes familiaux. Des mamans m’interrogent plutôt quand leur enfant est malade ou qu’il a été mis en prison ou s’il y a quelques problèmes... Les jeunes me parlent quand ils veulent se marier... Malheureusement le climat dans les familles est très difficile. Il y a beaucoup de divorces, parfois on poursuit l’époux en justice. Un jour j’ai conseillé à une femme de porter plainte contre ses trois fils afin de leur faire payer une pension alimentaire…
Les soeurs prient et demandent à Dieu de leur inspirer les paroles nécessaires pour aider, consoler, encourager.
— Un jour un homme semble vouloir me parler. Il passe plusieurs fois à côté de moi, mais ne peut pas se décider à s’approcher. Finalement il s’approche et fait part de son chagrin. Il n’a absolument personne à qui parler. Il s’est avéré que sa femme lui a donné un motif pour qu’il la soupçonne d’adultère. Il a quitté la famille. Et moi, je lui dis: «En êtes-vous sûr». Et je prie dans mon for intérieur: «Seigneur, que dire». Ensuite je me rappelle un épisode de la vie du starets St Silouane: un de ses collègues allait partir à la maison, mais il était triste. Le starets lui demande: «Pourquoi es tu triste», et il répond: «J’ai reçu une lettre, ma femme a mis au monde un enfant». Alors le starets réfléchit un peu et dit: «Et toi, n’as-tu pas été dans une maison close? Et, peut-être, n’a-t-elle commis qu’un faux pas... excuse la». «Finalement il est rentré chez lui. Sa femme s’était cachée avec l’enfant, les parents étaient tristes. Il les a salués, il a embrassé sa femme. Et il traversa le village en ayant l’air de dire: «Bonjour! Me voila et c’est mon enfant...» Tous les habitants du village étaient contents...
Je lui ai raconté cette histoire... Et alors au bout de quelque temps je l’ai revu: il était au marché avec sa famille... Sa femme n’a pas voulu s’approcher et lui, il a mis de l’argent dans mon tronc... et m’a remercié... Dieu lui a montré sa miséricorde.
On peut franchement dire que chaque brique dans notre l’église est le sacrifice de quelqu’un, une douleur ou une joie, une demande d’aide ou de prière.
Soeur Z:
— Nous prions bien sûr. Nous prions dans la rue. Nous récitons le «Notre Père…» pour quelqu’un, ensuite on prie dans la communauté. On le fait par écrit sur les diptyques...
Les soeurs qui respectent leur obéissance dans un magasin prient pour les gens qui y travaillent et qui sont à côté d’elles... Tout le monde a ses propres besoins. Peu à peu la soeur devient, en quelque sorte, un membre de l’effectif du magasin. Récemment nous avons même béni d’un coup de goupillon le supermarché «Hypo»... Je ne sais pas à quoi ça sert. Mais c’était touchant de voir ainsi tout ce monde réuni: les soeurs, les employés... Parmi les laïcs il y en a qui n’ont jamais réfléchi à l’existence de l’Eglise. Ils ne savaient pas que la prière pouvait les transfigurer… Qui sait, peut-être la grâce Divine touchera-t-elle une personne. Comme on dit: «Il faut semer et Dieu fera pousser».
Dans les rues de la ville, tous les gens ne sont pas forcément bien disposés envers les soeurs. On peut entendre des mots grossiers, des jurons, il arrive même que l’on crache sur une soeur. Mais les sœurs restent patientes en priant à l’exemple du Christ: «Père, pardonne-leur: ils ne savent ce qu’ils font» (Luc 23: 34). Et Dieu console, donne des forces.
— Je suis allée à pied de la place de la Victoire jusqu'à la place d’Octobre avec mon tronc sur la poitrine, mais je ne pouvais pas trouver l’endroit où me placer. C’était au centre de la ville. La foule était partout, vous pouvez imaginer l’état des gens... Je me rends clairement compte que je ne trouverais pas de place pour effectuer mon service. «Me voilà dans une impasse et je ne sais où aller…» Je m’adosse contre le mur d’un bâtiment... C'était à côté du grand magasin «Goum»... Tout à coup trois garçons sont arrivés. Ils ont mis de l’argent dans mon tronc, et chacun m’a donné un oeillet. J’ai passé tout le reste de cette journée avec ces oeillets.
Sur le pauvre destin humain,
Et nous sommes revenus à Dieu
De la captivité douloureuse, du chagrin.








