Свято-Елисаветинский монастырь
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Un îlot de sécurité dans la mer de la vie

Dans les ateliers de notre monastère le Seigneur a réuni beaucoup de gens de talent. Ils n’ont pas tous leurs diplômes qui sont tant nécessaires dans la société contemporaine. La plupart d’entre eux viennent au monastère pour avoir un appui et une compréhension. Il y a quelques années, dans notre monastère est venu un jeune homme, prénommé Romain. La perte de la personne la plus proche, de sa mère, a changé toute sa vie. Une offense, une envie, une colère contre ceux qui entouraient avaient envahi le garçon de treize ans. Mais par la miséricorde Divine, une autre côté de la vie a été ouverte à Romain, celle où ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu (St Luc 18:27). Une prière sincère à Dieu pour avoir de l’aide sera toujours entendue...

Quel moment est devenu crucial dans votre vie?

– Un jour je suis revenu de la pêche et ai vu que tous les miroirs dans la maison avaient été couverts. Il s’est avéré que ma maman avait été tuée. J’avais treize ans alors. Après la mort de maman, des problèmes ont commencé dans la famille: la grand-mère a commencé à boire, et moi – à appartenir à moi-même et à la rue.

– Et le papa?

– Je n’ai jamais vu mon papa, c’est la maman qui nous élevait, mon frère aîné et moi.

– Vous avez un frère aîné?

– Il a passé toute sa vie consciencieuse dans des prisons. Quand je suis venu à Dieu, j’ai demandé de l’aide au Sauveur: je priais, je notais son prénom sur un carnet (diptyques) pour la prière en église. Il n’y avait pas de résultat pendant longtemps, mais je ne me désespérais pas... Et le Seigneur l’a amené au monastère. Maintenant il travaille dans le fournil, et il a été nommé chef d’équipe. Bientôt il fera ses études pour devenir boulanger.

Je me suis souvent posé la question, qu’est-ce qu’un miracle? Au bout d’un certain temps, j’ai compris que les miracles sont dans des choses simples. Il ne faut pas à l’homme chercher de signes ou quelque chose de fantastique. Un miracle, c’est, par exemple, le fait que ton frère a passé beaucoup de temps à la prison, et maintenant il communie, travaille et veut arranger sa vie personnelle. Voilà un miracle! Les miracles sont là et ils sont nombreux. Le Seigneur les montre dans des choses simples.

– Etes-vous né à Minsk?

– Non, je suis de Polotsk.

– Quel souvenir est le plus vif de votre enfance?

– Il me plaisait appeler maman – petite maman. Elle aimait beaucoup mon frère et moi. Elle nous donnait le dernier qui lui restait et même s’il n’y avait pas d’argent, elle trouvait toujours une issue afin qu’on soit vêtu et nourri. Je n’oublierai jamais son vrai amour, elle restera à jamais dans mon coeur.

Après la mort de maman, je vivais avec une agression, une tristesse ne me quittait pas. De jour en jour, je me sentais de plus en plus pis. Quand les amis m’invitaient chez eux, je voyais comment il faisait chaud et comment il était commode chez eux et j’enviais leur bonne vie. Je me souviens, un premier septembre, tout le monde a été bien vêtu et moi, je n’avais rien à mettre. Je pensais: pourquoi cela est ainsi, pourquoi j’ai tout cela? Et quand je n’ai eu du tout rien à manger et il était froid, quand j’ai été au bord, j’ai commencé à demander: «Seigneur, aide-moi». Mais il devenait encore pire... Soudain, ma tante, qui n’avait pas d’enfants, est apparue et m’a pris chez elle.

Ma tante est très croyante. Elle faisait me lever à cinq heures de matin et on allait à l’église. Au début, je me levais avec peine, il était difficile de se trouver à l’église. On se préparait à la première Communion ensemble avec la tante: on avait jeûné et puis communié dans la cathédrale de la Théophanie où ma petite maman m’avait amené tout petit pour le baptême. Je me suis senti si bien pendant l’office! Sorti de l’église, j’ai vu une beauté en tout. C’est un état que l’on ne peut comparer à rien, ni échanger contre rien au monde. Mais quand je suis revenu à la maison et ai allumé le poste de télé, la grâce est partie.

Après la Communion ma vie est devenue encore plus difficile. En fin, je ne savais pas que faire.

– Quel âge avez-vous eu quand votre tante vous a pris chez elle?

– 16-17 ans.

– Vous avez déjà terminé l’école secondaire?

– Oui. Je terminais l’école du soir puisque je travaillais pendant la journée.

– Où avez-vous travaillé?

– A 16 ans j’ai commencé à travailler dans un chantier. Quand j’ai touché à mon premier salaire, j’ai eu autant de joie! C’était intéressant pour moi de travailler dans un collectif des adultes. Des hommes adultes m’aimaient comme un fils. Encore, j’ai travaillé comme manutentionnaire, gardien, fraiseur, tourneur. Quand on a remarqué mes travaux de peinture, on m’a invité dans un office pour un travail sérieux et à responsabilité.

– Vous vous êtes sûrement passionné pour la peinture à l’école?

– Je dessinais à l’école mais je n’aimais pas le faire, bien que mes travaux «prenaient» des places d’honneur à des concours de peinture. Plus tard, j’ai participé à des expositions avec une école des beaux arts.

– Parlez de rencontres importantes dans votre vie.

– La tante m’a fait la connaissance de diacre Serge qui servait dans la cathédrale de la Théophanie. Père Serge m’a parlé de sa vie, comment il était patient dans un hôpital psychiatrique. Les médecins disaient qu’il n’y avait pas d’espoir à une guérison, mais il faisait des efforts pour aller à l’église, il priait, il demandait à Dieu et à la Mère de Dieu un salut. Maintenant il a cinq enfants et des petits-enfants.

Père Serge avait mis à ma disposition un petit atelier sur le territoire de la cathédrale, où je peignais mes tableaux.

– Qu’avez-vous peint dans cet atelier?

– Je peignais des tableaux sur commande, et vendais certans d’entre eux dans la rue. J’ai vendu mon premier tableau à une infirmière de l’école, j’avais fait une copie de la «Demeure calme» de Isaac Levitan. J’essayais de faire des copies sur Aivazovsky. J’ai commencé à apprendre en faisant des copies, puis après, j’ai commencé à apporter peu à peu quelque chose de moi.

– Comment vous-êtes vous trouvé dans le monastère Sainte Elisabeth?

– Un jour, j’ai demandé au Père Serge de m’aider puisque je ne pouvais plus lutter contre moi-même. J’avais une telle tristesse que je ne voyais la beauté en rien, mais le gris seulement. Et il m’a amené au monastère Sainte Elisabeth. Je suis venu le 15 juillet et je me suis retrouvé à la vigile nocturne à la veille du jour de la mémoire de la sainte martyre Elisabeth, je suis resté pendant la vigile et j’ai communié au matin.

– Cela a été quand?

– Il y a trois ans. Au début, je voulais partir, mais le Seigneur m’a aidé à rester et à voir la beauté autour.

– A quoi il a été le plus difficile de s’habituer?

– Il m’a été difficile car je ne pouvais en aucune manière me déshabituer de ma vie d’avant. Mais au bout d’un certain temps, je me suis plongé de plus en plus dans l’obédience.

– Dans quel atelier vous a-t-on donné une obédience?

– On m’a pris dans l’atelier de produits en céramique. Au début, je faisais tout en couleurs noir, brune et verte, des couleurs venimeuses. Je ne pouvais pas me réorganiser. On essayait de me corriger dans l’atelier. J’avais une fierté, je me considérais comme un peintre de talent, je pensais que je savais comment il fallait faire. Finalement, une année est passée, et j’ai commencé à voir autrement mes travaux anciens – j’ai été épouvanté, comment je pouvais peindre ainsi. Je comprends maintenant que l’essentiel c’est d’écouter et d’entendre les supérieurs à l’obédience. Quand on montre son «moi», on ne réussira point. Et quand on dit: «Je ne peux pas, je ne sais pas. Montrez-moi», le résultat est tout à fait autre.

– Vous avez reçu une éducation d'art?

– Non, je n’ai reçu aucune éducation spéciale.

– Avez-vous voulu revenir à la vie d’avant?

– J’aime l’endroit où je vis, écris, fais mes études, ainsi que mon petit coin à l’atelier; les gens à qui je parle et qui me comprennent. Je suis reconnaissant à Dieu que je me suis retrouvé au monastère.

Il n’y a pas longtemps, j’ai été en ville pour des affaires et j’ai eu une grande envie de la quitter, de retourner au monastère! Dieu m’a retiré d’une mare sale et m’a plongé dans un lac pur et mon âme se réjouit maintenant.

– Qui vous a aidé surtout aux moments difficiles au monastère?

– C’est la soeur Anthuse qui m’a beaucoup aidé et aide jusqu’à présent. Je pense que c’est le Seigneur qui donne la parole aux moines. La plupart des gens qui travaillent dans les ateliers, viennent de la ville. Ils ont beaucoup de difficultés et de problèmes dans la vie. Les paroles des moniales aident et consolent aux moments difficiles.

Père André dit toujours des choses sérieuses. Comment il est important d’écouter et de garder dans la mémoire ces paroles! J’ai beaucoup aimé les paroles de batiouchka que l’homme s’est limité à une assiette, une chambre, un poste de télé... Mais il y a beaucoup de beauté dans le monde. C’est pauvre pour l’homme, une création de Dieu, de se limiter à des choses terrestres.

– Parlez, s'il vous plaît, de vos obédiences au monastère.

– Au début, j’ai travaillé à l’atelier de produits en céramique et maintenant je suis à l’atelier d’icônes. Et encore, je fais mes études en deuxième année à l’école d’iconographie de notre monastère.

– A quelles difficultés vous heurtez-vous à l’école d’iconographie?

– Ce qui est le plus difficile, c’est d’entendre et d’accepter la critique.

– Quels peintres admirez-vous?

– Le premier exemple pour moi a été Isaac Levitan et ses travaux «Demeure calme», «Cloches du soir», «Printemps», «Eaux hautes». On ressent dans ses travaux la chrétienté, un sermon, une sagesse, une philosophie. J’aime encore Alexeï Savrassov, Konstantín Vasilyev. Les travaux des peintres russes m’inspirent toujours et frappent par leur beauté. Un esprit de Russie se fait sentir dans leur peinture. La Russie est riche dans la pauvreté.

– Et les peintres d’icônes?

– J’aime les icônes de Théophane le Grec, d'Andreï Roublev. Je ne peux pas dire que les icônes peuvent ne pas être belles. Un peintre d’icônes grandit avec les années, le Seigneur le mène. Il faut travailler beaucoup intérieurement afin de pouvoir peindre une icône. Le travail intérieur est comme un fondement.

– Aimez-vous peindre?

– Je consacre beaucoup de temps à la peinture d’icônes. Si un moment libre apparaît, je peins des tableaux. J’aime encore peindre des fleurs, la nature, des portraits; il n’y a pas longtemps j’ai commencé à peindre des meubles dans le style de «Provence».

– Peut-il arriver que vous voulez peindre quelque chose, mais vous n’y arrivez pas?

– Il est important pour moi d’avoir un contenu, une réflexion de la vie intérieure. Je voudrais qu’il y ait une philosophie dans mes travaux et que ce soient non seulement de belles images qui sont une décoration de l’intérieur, mais qu’ils touchent les coeurs.

– Considérez-vous votre oeuvre comme un service ou comme une volonté de vous exprimer?

– Quoi que l’homme pense, mais tout ce qu’il fait est un service.

– Qu’est ce que le monastère est devenu pour vous pendant ces années?

– Je suis reconnaissant à Dieu qu’Il ne m’a pas laissé périr près d’une porte cochère, mais qu’Il m’a amené ici et m’a montré qu’il existe une telle famille. Je suis très reconnaissant à Lui qu’il existe un îlot de sécurité dans la mer de la vie.

– Comment vous luttez contre la tristesse?

– Dès que la tristesse est là, il faut aller tout de suite à l’église et demander la miséricorde de Dieu. Autrement il est impossible.

Un jour, j’allais à l’office Divin en réfléchissant comment je n’étais pas à mon aise. Soudain, j’ai vu deux jeunes filles sur des fauteuils roulants que l’on aidait à monter l’escalier de l’église. Après l’office, leurs yeux brillaient si fort! J’ai eu honte pour moi-même et pour ma tristesse. En effet, tout est donné à l’homme, mais il faut se donner de la peine seulement.

– Faites-vous des projets, à quoi rêvez-vous?

– Je rêve à beaucoup de choses. Je voudrais changer afin de ne pas revenir à l’ancien; apprendre à dire des paroles de remerciement à Dieu et ne pas me replier sur moi-même; apprendre à aimer et à travailler pour de bon afin d’avoir le Seigneur, notre Sauveur à la base de tout. Comme disait le starets Nicolas Gourianov: «Prendre moins pour soi-même, donner plus aux autres». J’espère que le Seigneur m’aidera à le devenir même pour la moindre partie.

Texte russe par Irène Tchultsova

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