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Le nom de l’animateur Mikhail Aldachine est connu de beaucoup de gens. Ses travaux «Kélé», «Petites bêtes», «Nativité» et autres sont populaires parmi les amateurs de films animés. Ces films ont un style particulier et unique – une simplicité des images, une légèreté de mouvements, une originalité du sujet. Plusieurs de ses travaux sont honorés aux festivals du cinéma nationaux et étrangers.
Comment vit aujourd’hui Mikhail Aldachine et quels sont ses projets? A ces et autres questions Mikhail a donné des réponses au correspondant du web-site du monastère Sainte Elisabeth.
Mikhail Vladimirovitch, dans un des interviews vous avez dit que «les animateurs vivent une vie inhabituelle, une vie à eux...» Parlez de cette vie.
Je n’ai eu en vue rien de particulier, tout simplement leur travail est assez spécifique, minutieux, «image par image». La vie est la même. Une disaine de minutes d'animation peut se faire presque une année, si on le fait avec intelligence. Tout ce temps, il faut être attentif, tenir en mémoire des milliers de détails, de positions, de mouvements. L’animateur est plongé dans le monde de son cinéma, il est dedans en entier et cet état peut durer des mois. C’est pour cette raison qu’il peut avoir l’air d’un type distrait. Proprement dit, il en est ainsi. Cet homme se trouve parmi des tas de papiers, barbouillé de mine de plomb, il esquisse quelque chose, efface, feuillette, fait des grimaces, bouge d’une manière bizarre en imitant ses personnages... On ne peut pas appeler une telle vie habituelle.
Quand vous donnez des cours de maîtrise, vous dites qu’il existe une animation vive et morte. De quels films peut-on dire qu’il sont vifs et pourquoi?
Il n’y a pas de divisions exactes, mais vous pouvez les distinguer facilement vous-même. Les vifs, ce sont ceux qui excitent des émotions, ils sont captivants et font compatir. Les vifs, cela veut dire qu’ils apportent dans l’âme quelque chose de vivant qui incite une résonance, porte une lumière, si vous voulez. Parmi les films nationaux, pour moi ce sont, tout d’abord, les films de Khitrouk, de Nazarov, de Norschtein. Ce sont surtout «Les vacances de Boniface», «Martynko», «Il était une fois un chien», «Conte des contes», le film d’Alexandre Pétrov «Une vache». Certains des films animés sont professionnels et même virtuoses du point de vue de la maîtrise, mais ils sont froids de l’intérieur. Je n’aime pas ça. Il arrive ausi que des films sont inachevés pour quelques raisons, c’est dommage alors car il y a des idées qui sont meilleures que la réalisation.
Vous dites que vous aimez l’art naïf justement pour ce qu’il n’y a pas de désir de plaire, il n’y a pas d’emphase, mais il y a quelque chose de vif, d’humain. Vous dites encore qu’il faut aussi éviter la joliesse. Pourquoi? Qu’est-ce que la joliesse?
C’est difficile à expliquer. La joliesse et la beauté, ce sont des choses différentes. Quand l’homme sourit sincèrement, c’est beau. Quand il sourit avec des efforts, c’est ça la joliesse. Quand l’homme est intelligent – son visage est beau et est éclairé par la pensée, par l’esprit, mais quand ce visage est en maquillage, avec des rouges à lèvres chers et on voit une bêtise sur le visage avec cela, c’est une joliesse alors. La joliesse c’est une tromperie.
Quelles images se dressent devant vous quand vous entendez le mot «beauté»?
La pureté. L’honnêteté. Le naturel en tout. Le naturel c’est tout d’abord une sincérité. Des gens simples et même de petite mine peuvent être beaux, et il peut y avoir ceux qui sont bien composés, avec une taille, soi-disant, mais qui sont abominables. Voilà pourquoi il y a de belles femmes et de jolies femmes. Il y a des gens qui ont une taille et qui ont tout, mais ils sont abominables puisque leurs visages reflètent une avidité, une recherche de profit, un orgueil, un snobisme...
Les héros de vos dessins animés sont dessinés d’une façon très simple. Pourquoi vous avez choisi une telle forme de représentation?
Premièrement, ce n’est pas une idée à moi: il faut que ce soit facile du point de vue technique de dessiner les personnages car il peut y avoir un millier de dessins dans l’animation. Plus simple est la représentation des personnages, plus on est à l’aise de les faire bouger. C’est une des règles de l’animation.
Une autre affaire, c’est que la simplicité peut être différente. Il est difficile de dessiner d’une manière simple et expressive. Il doit y avoir un caractère, une reconnaissance, une originalité, une attractivité. Ce n’est pas si simple de faire simple.
Vous avez réalisé un dessin animé «Nativité». Il est très bon.
C’est ça que j’ai voulu. J’ai voulu rappeler que ce n’est pas seulement une fête de Santa Claus qui offre des cadeaux aux gens, mais que le Christ est né et c’est dès Sa Nativité que ces vingt dernières siècles comptent. Cela a été surtout important dans notre pays au début des années 1990, quand il y avait peu de gens qui s’en rappelaient. J’ai voulu voir mon film être réalisé d’après le texte de l’Evangile selon St Matthieu, comme l'avait fait Pazolini. J’ai inventé aussi quelque chose. Plusieurs tableaux et sculptures m’ont beaucoup donné des idées. C’est surtout ceux des temps premiers du christianisme, quand le canon était encore en formation. J’ai trouvé pas mal d’intéressant dans les apocryphes, des détails vifs et inattendus. En gros, ce serait bien que le film soit tel comme si l’on regarde de côté ce qui se passe au moment quand cela a lieu, comme si les saints textes n’avaient pas encore été écrits.
La Nativité dans votre vie...
Vous savez, je suis né dans une famille athéistique et mon intérêt pour la religion et pour la Nativité en particulier a apparu assez tard, quand j’ai commencé à m’intéresser à l’art et à étudier l’histoire. Peu à peu, je suis venu à la nécessité de faire un film sur la Nativité, sur le moment quand ce qui est incompréhensible acquiert des traits sensibles, vient avec des apparences simples humaines. La vie de tous les jours c’est un vrai miracle. Le monde c’est une création de Dieu et Lui est en tout, en ce qui est ordinaire et en ce qui est rien, même en une assiette de soupe, même en une allumette brûlée, même en un interrupteur sur un mur. Je le sens ainsi.
Qu’est-ce qui est le plus cher pour vous en Christ?
Pour moi le Christ est cher non pas autant par les miracles et la Divinité, mais pour ce qu’Il avait dit et fait en tant que l’Homme. Ses commandements sont très simples. Il est tout à fait clair pour chacun que si l’on accomplit ces commandements, on se rapproche de ce que l’homme doit être et on devient plus élevé. Par ceci se détermine la valeur de notre vie, je pense.
Ça fait presque six ans que vous n’avez pas de nouveaux dessins animés. Par quoi cela peut s’expliquer?
Je suis occupé à présent par d’autres affaires. Je peins des tableaux, j'enseigne, je donne des cours de maîtrise, je fais éditer des livres, je voyage. Je vis une vie habituelle. J’ai été récemment à St. Petersburg puis à Kazan dans un camp de pionniers où je m’occupais des enfants. Encore, on a terminé avec Mikhail Toumeley un travail en collaboration avec les japonais. Ils ont fait la suite du dessin animé «Tchébourachka», et nous, on a corrigé les scénarios, on a consulté, on a fait des esquisses, le cadrage, l’animation, on a fait enregistrer des acteurs.
Qu’en pansez-vous, pourquoi les japonais s’intéressent aujourd’hui à notre «Tchébourachka»?
A vrai dire, cette question doit être posée aux japonais. Comme je le sais, de films anciens de Katchanov sont apparus à un moment en location au Japon. Ils ont suscité un intérêt du public, une réaction vive, d’ici vient la volonté de faire la suite de série de films, vu un tel succès énorme. Autre chose c’est qu’il faut avoir un talent de Katchanov pour pouvoir faire la suite à succès. On va voir comment ces films nouveaux vont être accueillis par le public. La projection qui a eu lieu chez nous s’est passée bien, les opinions sont positives.
L’animation contemporaine, comment est-elle?
J’ai du mal à répondre à cette question. Je sais que quelqu’un fait toujours quelque chose. En hiver, il y aura un festival à Souzdal, on verra alors ce que les animateurs ont pu faire pendant cette année. L’animation vit, je pense, même si un film seulement se produit, mais il y a toujours quelqu’un qui produit malgré le financement ou son absence. Une autre affaire est que professionnellement l’animation ne se permet pas beaucoup de luxe. L’essentiel est que les gens travaillent, ils créent. Certains font plus d’efforts, d’autres moins. Moi, par exemple, je sais que le «Pilote» a achevé «La montagne de pierres fines», ce qui fait 52 contes. La vie continue.
Qui est-ce qui des artistes est vraiment cher pour vous aujourd’hui? Est-ce que vous avez changé d’attitude à l'égard des maîtres qui vous ont été intéressants il y a 20-30 ans?
Cette liste est longue. Je ne suis pas sûr que je pourrai répondre pleinement à votre question. C’est un peu comme si on menait une personne à travers un champ et on lui posait une question quelle fleur lui était plus chère et pourquoi. Un champ se compose de fleurs dont l’ensemble fait un dessin unique en son genre, et tout y est en liaison mutuelle et régulière. Il est plus facile de répondre que j’aime un art authentique qui est cher pour moi. Nous avons parlé de la beauté et de la joliesse, on peut répéter la même chose de la peinture.
Vous avez vécu pendant une période en Amérique. Vous dites que vous avez senti vivre une vie d’autrui. Vous avez décidé de revenir, pourquoi?
Un contexte culturel est important pour moi. Il est important de parler la langue maternelle, de contacter avec des collègues et des amis. Si je n’étais pas dans l’art, il est possible que ce serait plus facile de vivre hors Russie.
De quoi vivez-vous aujourd’hui? A quoi pensez-vous? Qu’est-ce qui vous inquiète le plus?
Je réfléchis comment vivre, quoi faire. C’est l’imperfection du monde humain qui m’inquiète tout d’abord, je pense. Plus je vis, plus je m’inquiète. Ce n’est pas des catastrophes naturelles qui font peur, mais ce que les gens se poussent dans une impasse malgré un progrès technique impétueux. Tout a un air désespéré pour l’instant. Espérons que les choses vont changer au mieux.
Vous avez dit un jour que vous avez peur de perdre le temps en vain. Qu’est-ce qui est justement ce dont vous avez peur de perdre le temps en vain?
Ce n’est pas que j’ai peur, mais que je n’aime pas perdre le temps à ce qui n’est pas intéressant et à ce que des circonstances obligent à faire. Je parle tout d’abord d’un travail de création.
Qu’est-ce que vous pouvez souhaiter à nos lecteurs?
Je souhaite la paix et le bien à tous, le reste vous sera donné, comme on dit. Je souhaite aussi à chacun de la création dans la vie. On peut tout rendre intéressant et merveilleux pour ceux qui vous entourent, même les choses les plus simples. Bonne chance!
Article par la soeur Jeanne (Pankova)
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